Copyright © 2020 Cyril Zarcone

DE L'AURA 

Exposition du 25 juin au 15 octobre 2022

Delta Runspace, Roubaix

Production Tektone Studio, Galerie Eric Mouchet et Cyril Zarcone

Crédits photographiques Frankie Allio

 

 

 

 

Spirit & styles, la manufacture fantôme 


De même que pour les notions de faux, de décoratif et d'ornement, les productions de Cyril Zarcone ont pour particularité d'entremêler les motifs et l'idée de savoir-faire, d'un jeu avec un répertoire visuel et des codes culturels, offrant la confusion des genres et celui des points de vue.
Coffrages, formes issues du BTP, du bâti ou de l'architecture, le travail de l'artiste participe de l'in situ et d'une mécanique gigogne qui hésite entre le magasin de jardinerie et l'album de statuaire classique, le catalogue Leroy Merlin ou la galerie d'un palais italien. Logique de l'assemblage et du collage subliminal, de la pose et du détournement, c'est dans cette approche et une confection nomade que s'inscrit la pratique de l'artiste et sa conception de la sculpture.

Lieu de déplacement et zone de flou entre les termes d'artificialité et d'authenticité, de beauté et de fonctionnalité, son travail amalgame le rococo et le blanc de la sculpture minimale, les académismes plastiques et une esthétique du fac similé, de l'ersatz et du bibelot.
Conjuguant à la fois low tech et préciosité, l'artisanat et un registre baroque, ses œuvres agissent sur le mode de la réminiscence et développent un lexique de formes qui génère déviances et variations au sein des imageries et des volumes. A l'instar du « bricoleur sous-culturel » tel que l'évoque Dick Hebdige1, ou d'un certain état d'esprit « camp »2, l’artiste revisite les statuts de « high » et « low » cultures, de séduction, kitch et mauvais goût à l'ère de la marchandisation des signes, la globalisation des effigies et le branding de consommation. Au travers de cette geste ironique et distanciée, qui manipule l'échantillonnage et le montage composite et hétérogène, Cyril Zarcone entreprend un travail de sape de l'intérieur du champs sculptural, des interprétations et des catégories, tel un exhausteur élégant et distordant.

 

Intitulée De l'aura, l'exposition à Delta Studio propose au spectateur un jeu elliptique et imagé, au propre comme au figuré, autours de l'idée d'aura, à entendre ici dans un sens littéral et littéraire, physique et conceptuel. De l'aura, résonne comme un lointain clin d'oeil au fameux texte éponyme de Walter Benjamin, et à ses écrits concernant la modernité des images, leur transformation en tant que bien culturel de consommation de masse, la possible perte de l'aura de l'objet d'art, sa mise en crise au moment de sa reproductibilité.

Entre archaïsme et fabrique analogique, vision allégorique et spirite de l'art et de ses objets de représentation, Cyril Zarcone pose le trouble avec la mise en réseau et en échos d'un atlas mutant, maniériste et contaminant, qui agence un ensemble de colonnes cannelées, sangles en cuir, rosaces de plafond, plâtres moulés. Compilant lumières et électricité, architectures, formes circulaires et rotatives, inventaire de textures et de strates suspendues, l'espace immersif mis en scène par l'artiste rappelle et évoque machinerie et force centrifuge, et s'apparente comme un renvoi au passé du lieu et à l'industrie mécanique textile. A la façon d'un memento mori, « rayonnement » « émanation », au croisement des histoires esthétiques et collectives, techniques et sociétales, De l'aura trace les occurrences matérielles d'une réflexion et d'un songe, visionnaire et post moderne.

Entre artefacts, indices et fragments fantômes, et si « le vrai est un moment du faux », selon la citation célèbre du philosophe, l'exposition de Cyril Zarcone fait de son regardeur et visiteur, de formes, un plaisant serial « ghostbuster ».

 

Frédéric Emprou

 

 

 

 

1 « C'est à travers des rituels spécifiques de consommation, à travers le style, que les sous-cultures révèlent leur identité « secrète » et transmettent leur signification prohibées. Fondamentalement, c'est la façon dont elles font usage des marchandises qui les distingue des formes culturelles plus orthodoxes. » Dick Hebdige, Sous-cultures, le sens du style, 1979, pour la traduction française Editions La Découverte, Paris, 2008. 

2 « L’art “camp” est, le plus souvent, un art décoratif qui met plus particulièrement en relief la forme, la surface sensible, le style, au détriment du contenu. » Susan Sontag, Notes on Camp, Partisan Review, 1964.